Nouvelle fantastique par Ikram Ben Sallam
L’année dernière, ma grand-mère mourut. Ce jour-là, submergé par la tristesse, je retournai dans son ancien manoir. Immense et silencieux, il semblait abandonné par le temps.
Dès que je franchis le seuil, une odeur de bois humide et de poussière m’envahirent. Tout était figé, comme si personne n’avait touché aux meubles depuis des années. L’air était lourd, presque oppressant. Mon regard fut attiré par un vieux jeu d’échecs posé sur une table. Intrigué, je m’approchai. Ma grand-mère m’avait appris à y jouer ici même et j’avais toujours perdu contre elle.
Pris d’un élan de nostalgie, je m’installai et avançai un pion. A cet instant, un courant d’air glacé traversa la pièce. Le calier noir bougea seul. Je retins mon souffle. Avais-je rêvé ? Puis, une voix grave résonna, mais elle venait de nulle part…où peut-être de l’échiquier lui-même ?
« Le fou en E5. »
Un frisson me parcourut. Je voulus bouger, mais mon corps refusa d’obéir. Et soudain, je fus projeté en avant. Mes pieds glissèrent d’eux-mêmes, sur le sol. C’était une case d’échiquier, une case noire. J’étais en E5.
Un silence oppressant tomba. Mon cœur battait à tout rompre.
Je baissai les yeux sur mon corps. Ma main trembla, sauf que ce n’était plus une main. Ma peau avait disparu. J’étais sculpté dans un bois froid et lisse. Une cape rigide tombait sur mes épaules. Je compris. J’étais un fou.
Un autre coup retentit dans le lointain. Quelqu’un d’autre venait d’être déplacé. Puis une voix, distante, moqueuse, souffla :
« A toi de jouer. »
Un vertige me saisit. Tout devint noir. Je me réveillai brusquement, assis devant l’échiquier. Le manoir était là, immobile, silencieux.
Avais-je rêvé ? Mon regard tomba sur le jeu. Le fou noir était en E5.
Nouvelle fantastique par Kahina Bouaouli
Julien vivait avec sa mère dans un petit appartement. Sa chambre était minuscule: un lit contre le mur, un bureau en désordre et une vieille armoire. Ce matin-là, il se réveilla en retard et sa mère n’arrêtait pas de lui crier qu’il allait rater son bus. Il souffla et se leva rapidement.
En attrapant son pull, il remarqua l’état catastrophique de ses cheveux. Il se dirigea donc dans la salle de bain afin de se coiffer. Il ouvrit le tiroir dans lequel il y avait son gel habituel, mais ne trouva qu’un seul flacon noir, sans marque. En aucun cas, il se souvenait de cet achat. Mais, comme il n’avait ni le temps, ni le choix, il en mettrait.
Julien dévissa le bouchon et appliqua la pâte sur ses cheveux. Lorsque le gel toucha son cuir chevelu, il sentit un frisson glacial lui parcourir la nuque. Il se regarda dans le miroir et vit ses cheveux figés comme de la pierre. Perturbé, il recula légèrement, mais quelque chose d’encore plus étrange se produisit. Son reflet ne bougeait pas, mais souriait. Puis il sortit sa main et attrapa le poignet de Julien. Le garçon hurla mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il se retrouva de l’autre côté du miroir, dans une pièce identique à la sienne. Il se retourna et vit son double maléfique dans la vraie salle de bain sourire puis s’éloigner. Le prisonnier frappa désespérément la vitre, mais tout était silencieux. Il comprit alors, horrifié…il était piégé, tandis que son reflet était libre.